Toutes les entreprises veulent un compte en stablecoins, mais personne ne veut en gérer un

Marc Boiron
Marc Boironil y a 7 heures
Toutes les entreprises veulent un compte en stablecoins, mais personne ne veut en gérer un
Marc Boiron
Marc Boiron
Marc Boiron est le CEO de Polygon Labs, une entreprise de paiements blockchain qui construit une infrastructure financière conforme, avec pour mission de déplacer tout l’argent on-chain. Polygon Labs développe l’Open Money Stack, une pile de services ouverte et intégrée qui facilite le passage de l’argent on-chain pour toute institution, en utilisant différentes infrastructures, notamment la chaîne Polygon, le portefeuille, l’interopérabilité et les infrastructures d’on-ramp et d’off-ramp. Dans ce rôle, Marc collabore étroitement avec des institutions financières, des entreprises et des sociétés crypto-native pour accélérer le mouvement de l’argent on-chain. Avant d’endosser le rôle de CEO, Marc était Chief Legal Officer chez Polygon Labs, où il a guidé l’organisation à travers des environnements juridiques et réglementaires complexes, consolidant sa position de plateforme blockchain de premier plan au niveau mondial. Plus tôt dans sa carrière, Marc a contribué au développement de nombreux protocoles DeFi parmi les plus réussis ainsi que des premières entreprises de paiements on-chain. Avant de rejoindre Polygon Labs, il a occupé le poste de Chief Legal Officer chez dYdX Trading, le développeur de l’un des protocoles DeFi de trading de produits dérivés les plus performants. Il a également été associé au sein des groupes services financiers et blockchain de Manatt, Phelps & Phillips, LLP, où il conseillait des entreprises sur les questions de transmission de fonds, de sanctions et d’autres problématiques réglementaires liées aux stablecoins et aux crypto-monnaies.

La plateforme de cartes de crédit d’entreprise Ramp a récemment annoncé que ses clients professionnels peuvent désormais détenir et payer en stablecoins de la même manière qu’ils utilisent des dollars. La demande des entreprises pour les stablecoins dépasse depuis un bon moment l’infrastructure censée la soutenir, et l’annonce de Ramp illustre assez bien l’ampleur qu’a pris cet écart. Les entreprises ont cessé de se demander si les stablecoins étaient légitimes il y a déjà un moment. Ce qui les bloque aujourd’hui est plus difficile, et beaucoup plus coûteux, que ce que la plupart des acteurs qui construisent des stablecoins veulent bien admettre.

Il y a quelques mois, j’ai participé à un dîner avec quelques responsables financiers de sociétés de taille moyenne. Pas un seul ne s’est demandé si les stablecoins étaient suffisamment sûrs ou réglementés, une question qui aurait dominé ce type de réunion il y a deux ans. Ils voulaient savoir pourquoi ils ne pouvaient toujours pas simplement enregistrer un paiement en stablecoins dans leurs livres comme ils le font pour tout le reste, taxes comprises, sans que cela devienne un processus totalement distinct.

C’est en réalité un problème difficile à résoudre, parce qu’un paiement en stablecoins ne touche pas qu’un seul système, mais interagit avec les logiciels de comptabilité, les outils de facturation et la déclaration fiscale sur lesquels une équipe finance s’appuie déjà chaque jour. Une équipe financière a besoin d’intégrations qui fonctionnent, de circuits d’approbation cohérents et de rapprochements qui ne s’effondrent pas dès qu’un paiement tombe un week‑end. Une directrice financière m’a raconté que son équipe maintient encore un tableur à part uniquement pour suivre quelles factures ont été payées en stablecoins, parce que le logiciel comptable n’a pas été conçu pour gérer cela.

Une entreprise de taille moyenne décroche un client qui veut effectuer un paiement dans un stablecoin que son infrastructure de paiement ne prend pas encore en charge. Un responsable financier ou technique doit alors mettre en place une toute nouvelle intégration uniquement pour gérer cette relation, en plus de tout le reste sur son agenda, et ce travail est rarement correctement cadré ou budgété parce que personne ne l’avait anticipé. Avec quelques clients de plus dans le même cas, ce n’est plus un scénario marginal : cela devient l’essentiel de ce que ce poste fait réellement toute la journée.

Les banques et les fintechs ne se demandent plus s’il faut adopter les stablecoins. Plusieurs de celles avec qui je discute sont bloquées sur le coût réel de cette adoption et sur la façon de la mener sans casser tout le reste. Aujourd’hui, une entreprise de paiement pourrait avoir besoin de prendre en charge trois ou quatre stablecoins émis par des entités différentes. Chacun circule sur un réseau différent, avec ses propres particularités de règlement, et l’ensemble doit fonctionner avec chacune des banques partenaires et dans chaque juridiction où l’entreprise opère. Cette difficulté a permis à quelques fintechs de réussir en bricolant leurs propres solutions, et a discrètement mis fin à beaucoup d’autres projets de stablecoins qui n’ont jamais dépassé le stade pilote.

Il reste encore une couche que personne n’a suffisamment bien construite : la pièce qui se situe en dessous des stablecoins et des réseaux eux‑mêmes, pour qu’une banque ou une fintech puisse se brancher sur un seul système et déplacer de la valeur sous n’importe quelle forme de paiement, on‑chain comprise, sans que quiconque dans leurs équipes ait besoin de savoir comment cela fonctionne en détail. C’est le même travail ingrat qui a fait disparaître les réseaux ACH et cartes en arrière‑plan de toutes les entreprises de la planète il y a des décennies, et c’est le même résultat qui mérite d’être recherché ici : un dirigeant d’entreprise qui n’a jamais à se demander sur quel réseau son paiement est arrivé.

Ramp n’aurait pas développé cette fonctionnalité si la demande n’existait pas déjà. Les entreprises veulent le compte en stablecoins. Ce qu’elles ne veulent pas, c’est devenir expertes en infrastructure de stablecoins juste pour pouvoir en utiliser un. Attendez‑vous à beaucoup d’autres annonces comme celle de Ramp au cours de l’année à venir, chacune rendant un peu plus simple le déplacement d’un stablecoin à travers les réseaux sans avoir à recoudre une nouvelle intégration à chaque fois. Aucune d’elles ne sera pourtant celle qui comptera vraiment. Celle‑là ne fera l’objet d’aucun communiqué de presse. Ce sera simplement le jour où personne ne gérant une entreprise n’aura plus besoin de penser à tout cela.

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