Une vague de pertes sur les marchés actions liées aux annonces en intelligence artificielle est en train de remodeler la façon dont les investisseurs évaluent des secteurs entiers, les traders intégrant rapidement le risque que l’IA compresse les marges dans les industries fondées sur la connaissance.
Environ 800 milliards de dollars de capitalisation boursière ont été effacés lors des récentes ventes massives liées aux nouveaux lancements de produits d’IA, selon certaines analyses de marché, avec quelques-unes des plus fortes baisses journalières se produisant en quelques heures après les annonces de nouvelles capacités.
La rapidité et l’ampleur de ce repricing suggèrent que les marchés publics considèrent l’IA principalement comme un destructeur de demande pour les modèles économiques en place.
Un nombre croissant de stratèges soutiennent toutefois que cette réaction néglige un effet de second ordre : une expansion de productivité qui pourrait finalement élargir l’activité économique plutôt que la contracter.
Les annonces de capacités d’IA déclenchent un repricing instantané des secteurs
Les récents schémas de trading montrent une corrélation directe entre les lancements de produits d’IA et les fortes chutes dans les secteurs exposés.
IBM a connu sa pire séance depuis octobre 2000 après que de nouveaux outils ont démontré la capacité d’automatiser une large part des workflows liés à COBOL.
Les valeurs de cybersécurité ont chuté en quelques minutes après l’annonce d’un produit d’automatisation de détection de vulnérabilités dans le code, CrowdStrike ayant à elle seule perdu environ 20 milliards de dollars de valeur boursière en deux séances.
Adobe subit également une pression soutenue cette année, les outils d’IA générative comprimant l’économie de la production créative.
Ces mouvements reflètent une réaction de marché rationnelle de premier ordre.
Lorsque les logiciels reproduisent des tâches humaines coûteuses, le pouvoir de fixation des prix se déplace vers les clients et les anticipations de revenus futurs sont revues à la baisse.
Mais ce repricing repose largement sur la compression des marges au niveau des entreprises, sans tenir pleinement compte de la façon dont la baisse des coûts pourrait affecter la taille de l’économie dans son ensemble.
De la perturbation du travail à la déflation des prix des services
Le récit baissier dominant suppose une boucle de rétroaction négative dans laquelle l’automatisation conduit à des licenciements, une consommation plus faible et davantage d’automatisation.
Ce cadre repose sur une hypothèse critique : la demande resterait fixe.
Historiquement, les périodes de fortes baisses de coûts ont produit l’effet inverse. Lorsque l’informatique, la distribution et l’infrastructure sont devenues moins chères, l’usage total a augmenté et de nouvelles industries ont émergé.
L’IA cible désormais le plus grand composant des économies développées, le secteur des services, qui représente près de 80 % du produit intérieur brut des États‑Unis, en réduisant le coût marginal du travail cognitif pour des fonctions telles que la conformité, le marketing, le support client, la documentation juridique et le développement logiciel basique.
Si ces coûts diminuent, l’impact immédiat est une pression sur les marges des acteurs en place.
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L’effet plus large est une inflation des services plus faible et un pouvoir d’achat réel plus élevé pour les ménages et les petites entreprises.
Dans ce scénario, les gains de productivité sont transmis par la baisse des prix plutôt que par la hausse des salaires, une dynamique que certains analystes décrivent comme un passage du « PIB fantôme » au « PIB d’abondance », où la production économique augmente tandis que le coût de la vie diminue.
Le SaaS et le travail de connaissance font face à un repricing structurel
Le repricing est particulièrement visible dans le logiciel.
Les équipes d’achats renégocient les contrats, les outils de niche font face à un risque de substitution et les modèles de tarification traditionnels par utilisateur sont sous pression.
Pourtant, la perturbation est de plus en plus perçue comme une transition dans la manière dont les logiciels délivrent de la valeur plutôt qu’un effondrement des dépenses numériques.
Les entreprises construites sur des workflows statiques sont les plus exposées, tandis que celles qui contrôlent les couches de données, de calcul, de distribution et de confiance pourraient capter la prochaine phase du marché.
Dans le même temps, la réduction des coûts d’exploitation abaisse les barrières à l’entrée pour les nouvelles entreprises.
Lorsqu’un seul opérateur peut automatiser la comptabilité, le support, le développement et le marketing, la création d’entreprise devient moins capital‑intensive, un changement qui pourrait partiellement compenser les pertes d’emplois dans les grandes organisations.
La productivité devient la variable macro clé
L’issue de marché à long terme dépend de la capacité des gains d’efficacité liés à l’IA à se traduire par une croissance durable de la productivité dans des secteurs comme l’administration de la santé, la logistique, l’industrie manufacturière et l’énergie.
Même une hausse annuelle modeste de la productivité de 1 % à 2 % se cumule fortement sur une décennie et a historiquement été associée à une amélioration du niveau de vie.
Les données récentes montrent déjà une accélération de la productivité du travail aux États‑Unis vers son rythme le plus fort depuis deux ans, ce qui renforce l’idée que l’impact économique de l’IA pourrait aller au‑delà de la seule compression des bénéfices des entreprises.
Les marchés anticipent‑ils un effondrement ou une transition ?
Pour l’instant, les marchés actions réagissent à l’IA comme à une menace directe pour les modèles de revenus existants.
Le débat plus profond porte sur la question de savoir si la technologie réduit la taille du « gâteau » économique ou si elle l’agrandit en rendant les services moins chers, en augmentant les volumes de transactions et en permettant de nouvelles formes d’entrepreneuriat.
Si la vague actuelle de ventes reflète une focalisation sur la pression à court terme sur les marges, le canal de la productivité et le potentiel d’une inflation structurelle plus faible restent sous‑évalués.
L’issue dépendra moins du rythme des progrès technologiques que de la vitesse à laquelle les institutions, les entreprises et les marchés du travail s’adapteront à cette transition.
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